Rodrigo Duterte Information

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Rodrigo Duterte
Illustration.
Rodrigo Duterte en 2017.
Fonctions
Président des Philippines
En fonction depuis le
(3 ans, 10 mois et 27 jours)
Élection 9 mai 2016
Vice-président María Leonor Robredo
Prédécesseur Benigno Aquino III
Maire de Davao

(3 ans)
Prédécesseur Sara Duterte  (en)
Successeur Sara Duterte  (en)

(9 ans)
Prédécesseur Benjamin de Guzman
Successeur Sara Duterte  (en)

(10 ans, 1 mois et 17 jours)
Prédécesseur Jacinto Rubillar
Successeur Benjamin de Guzman
Vice-Maire de Davao

(3 ans)
Prédécesseur Sara Duterte  (en)
Successeur Paolo Duterte  (en)

(1 an, 6 mois et 25 jours)
Prédécesseur Cornelio Maskariño
Successeur Gilbert Abellera
Député de la 1re circonscription de Davao

(3 ans)
Prédécesseur Prospero Nograles  (en)
Successeur Prospero Nograles  (en)
Biographie
Nom de naissance Rodrigo Roa Duterte
Date de naissance (75 ans)
Lieu de naissance Maasin, Leyte du Sud
( Philippines)
Nationalité philippine
Parti politique PDP-Laban (depuis 2001)
Père Vincente Duterte  (en)
Mère Soledad Roa  (en)
Conjoint Elizabeth Zimmerman  (en) (1973-2000)
Enfants 4, dont Paolo Duterte  (en) et Sara Duterte  (en)
Diplômé de Université des Philippines
Profession Avocat
Religion Déisme [1], [2]
Résidence Palais de Malacañan

Rodrigo Duterte
Présidents des Philippines

Rodrigo Duterte, dit Rody Duterte, surnommé Digong, né le à Maasin, est un avocat et homme d'État philippin, membre du PDP-Laban. Il est président de la République depuis le .

Jeunesse et formation

Fils de l'avocat et homme politique Vicente G. Duterte et de Soledad Roa, Rodrigo Duterte est diplômé en science politique du Lyceum de l'université des Philippines  (en) à Manille en 1968. Reçu à l'examen d'avocat en 1972, il travaille par la suite au bureau du procureur de la ville de Davao, dans le Sud des Philippines, entre 1977 et 1986 [3]. Il est aussi spécialiste de l'histoire du droit des Philippines au temps de la colonisation espagnole du pays, avant 1898, et lui-même parle espagnol. Il sait aussi parler couramment tagalog (langue officielle des Philippines), le bisaya (sa langue maternelle), et l' anglais.

Maire de Davao

Après la révolution de , qui chasse le dictateur Ferdinand Marcos du pouvoir, il est nommé vice-maire de Davao, avant d'être élu maire en 1988 et de le demeurer pendant dix ans. Il est de nouveau élu en 2001, puis réélu en 2004 et 2007 et exerce la fonction jusqu'en 2010, date à laquelle il est remplacé par sa fille, Sara Duterte-Carpio. Enfin en 2013, il est une nouvelle fois élu maire, fonction qu'il conserve jusqu'à son élection à la présidence du pays.

Il est le premier maire à nommer des représentants des minorités musulmanes et lumads parmi ses adjoints. Il publie également une ordonnance prohibant les discriminations antimusulmanes [4]. Populaire au niveau local grâce au succès de sa politique de tolérance zéro à l'égard des criminels, le magazine Time l'a surnommé le «  Punisher ». En l'espace de 20 ans, Davao serait ainsi passée selon lui du statut de capitale du crime à la ville la plus sûre du monde [5]. Des données de la police nationale des Philippines parues en (données brutes, non-proportionnées au nombre d'habitants) mettent cependant en lumière que Davao a pourtant la première place en nombre de meurtres entre 2010 et 2015, et la deuxième en nombre de viols aux Philippines pour la même période [6].

Il prend position en faveur du maintien des écoles communautaires indigènes que le gouvernement envisageait de supprimer [7].

Le poste de ministre de l'Intérieur lui a été proposé à quatre reprises, mais il a décliné l'offre à chaque fois. Rodrigo Duterte a été incité également à se présenter à l'élection présidentielle à sept reprises [réf. nécessaire].

En un ancien policier explique que lorsqu'il était maire, Duterte l'aurait payé lui ainsi que d'autres policiers pour tuer non seulement des criminels mais aussi des opposants politiques dont le commentateur radio Jun Pala  (en) qui critiquait le maire [8].

Président des Philippines

Candidat à l' élection présidentielle de 2016 pour le parti PDP-Laban (centre gauche à gauche) [9], il est élu le [10] recueillant 16 601 997 voix contre (39% des voix) contre 9 978 175 voix (23,5%) pour Mar Roxas et 9 100 991 (21,4%) pour Grace Poe. Il entre en fonction le . En quelques mois, sa popularité s'envole pour recueillir 76 % d'opinion favorable [11]. Une popularité qui s'explique, entre autres, par son franc-parler [12]. Bon orateur et s'exprimant soit en cebuano ou en un mix tagalog-anglais selon son auditoire, ses discours sont en effet ponctués d'interjection et de grossièretés et il ne manque pas de faire des blagues quel que soit le sujet, quitte à choquer. Pendant sa campagne électorale, il avait déclaré : Oubliez les droits de l'homme, si je deviens président, ça va saigner [13]. Il déclara aussi Les hôpitaux, qu'ils soient riches ou pauvres, devront mettre à disposition 10 ou 20 lits pour les patients qui ne peuvent pas payer… S'il s'agit d'hôpitaux riches, il me faudra 30 à 50 lits. Traitez le patient, je paierai [14] ou encore au sujet de la sénatrice Miriam Defensor Santiango, elle aussi candidate à l’élection de 2016 : C'est bien que madame Miriam soit ici parce qu'elle est l'une des deux seuls assez qualifiés pour diriger ce pays [15].

Politique intérieure

Avec les groupuscules dissidents

Rodrigo Duterte défend une approche pacifique quant à la résolution des conflits armés aux Philippines, qui se traduit rapidement par une proposition de négociations de paix faite à la guérilla communiste de la Nouvelle armée du peuple [16], qui y répond favorablement, et aux séparatistes musulmans du Front moro islamique de libération [17].

Guerre contre le trafic de drogue

Après son entrée en fonction, Duterte a tenu une conférence de presse à Tondo, où il a exhorté les citoyens philippins à assassiner à la fois les trafiquants de drogue et les toxicomanes [18]. Un jour après son investiture, il a même demandé à la Nouvelle Armée populaire, la branche armée du Parti Communiste des Philippines, de désarmer puis d’arrêter les barons de la drogue [18], [19].

Le , Duterte a dévoilé les noms de cinq policiers suspectés d'être impliqués dans le trafic de drogues [20]. Le , lors d'une nouvelle conférence de presse, il a présenté un organigramme censé représenter un réseau de trafic de drogues, impliquant trois ressortissants chinois [21], [22]. Le même jour, le Philippine Daily Inquirer publie une « Kill List », autrement dit une liste des noms des personnes victimes d’exécutions extra-judiciaires depuis la prise de fonction de Duterte, et qui fut régulièrement mise à jour jusqu'au [23]. Dans le même temps, le député d' Ifugao, Teddy Baguilat  (en), a exhorté la Chambre des représentants à enquêter sur toute une série d’exécutions extrajudiciaires et/ou sommaires de présumés contrevenants aux lois sur les drogues illicites et d’autres criminels présumés [24]. De son côté, la sénatrice et ancienne secrétaire d'État à la Justice (2010 - 2015), Leila de Lima, a exhorté l'administration Duterte à mettre fin aux exécutions extrajudiciaires et a annoncé qu'elle déposerait une résolution demandant au Sénat philippin de mener une enquête à ce sujet. L'alliance de partis de gauche Bayan  (en) a elle aussi demandé à Duterte d’enquêter sur le nombre croissant d’exécutions extrajudiciaires [25]. Face à tant de demandes en si peu de temps, le gouvernement a simplement fait savoir qu'il exigeait des preuves et qu'il était prêt à les recevoir [26].

Rodrigo Duterte inspecte un laboratoire de méthamphétamine en septembre 2016.

Duterte a justifié sa croisade contre la drogue en affirmant que les Philippines étaient en train de devenir un « narco-État ». Pourtant, d'après l' Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la prévalence de la consommation de drogue dans le pays est inférieure à la moyenne mondiale [27]. Enfin, Duterte a écarté les préoccupations en matière de droits de l'homme en déshumanisant les toxicomanes. Il déclarait notamment en  : Un crime contre l'humanité ? J'aimerais tout d'abord être franc avec vous. S'agit-il d'humains? Comment définissez-vous un être humain ? [28].

Au début du mois d', un officier de police a déclaré au Guardian que dix escadrons de la mort de la police officielle opéraient dans le cadre d'opérations spéciales et qu'il avait personnellement participé au meurtre de 87 suspects. Il a décrit la manière dont les cadavres étaient jetés au bord de la route ou la tête enveloppée dans du ruban adhésif avec une pancarte en carton les identifiant en tant que délinquant toxicomane, afin que le meurtre ne fasse pas l'objet d'une enquête. Le président de la Commission des droits de l'homme, Chito Gascon  (en) a déclaré que ce genre de méthodes ne l'étonnait pas. La police nationale des Philippines a quant à elle refusé de commenter ces allégations. Le Guardian affirme toutefois que si le rang du policier et son historique de service ont pu être vérifié, il n’y a pas de confirmation officielle et indépendante des allégations de complicité de l’État et de coordination de la police dans des meurtres de masse. [29].

On estime qu'après seulement 4 mois de présidence, « Rody » a déjà couvert l'exécution sommaire d'au moins 3 700 personnes dans le cadre de sa campagne contre les narcotrafiquants [30]. Après 6 mois (en ), les estimations font état de 2 000 victimes directes de la police (exécutions sans procès) et d'au moins 5 000 par des milices diverses [31]. Fin 2018, on estime le résultat de cette croisade à environ 30 000 victimes [32].

Il prévoit également d'étendre les peines de prison aux enfants de neuf ans, de manière qu'aucun Philippin ne puisse croire jouir d'une quelconque impunité [33]. À la suite de l'enlèvement puis du meurtre d'un homme d'affaires coréen par des policiers corrompus, Duterte annonce doubler sa croisade contre la drogue d'une autre contre les policiers corrompus, avec cette phrase choc : Vous, les policiers, vous êtes les plus corrompus. Vous êtes corrompus jusqu'à la moelle. C'est dans votre sang [31]. Il a ensuite enjoint aux responsables de se rendre, sous peine de voir leur tête mise à prix. Les enquêtes concernant les affaires de drogues sont désormais confiées à l'agence antidrogue philippine [31].

Investissements

Il annonce pour l'année 2017 une importante hausse du budget consacré par l’État à l'entretien des infrastructures publiques, notamment pour rénover et développer le réseau routier, les bâtiments scolaires et les hôpitaux [34]. Le programme prend le nom de « Build, Build, Build » et porte le budget à 5,6 % du PIB [35] en 2017, avec une prévision à 7,3 % pour 2022. Il s'inscrit dans une certaine continuité avec la précédente administration puisque les premiers investissements concernent des projets déjà en cours [36], avec l'ambition de tous les compléter avant 2022. Le premier bilan fait à mi-mandat, en 2019, le reflète avec les inaugurations des aéroports de Puerto Princesa et Bohol-Panglao ainsi que l’accélération des travaux de la ligne MRT7 du métro aérien de Manille, de l'autoroute reliant le nord au sud de la capitale ou du troisième pont reliant Cebu à Mactan. 9 845 kilomètres de routes sont construits ou réaménagés durant ces trois premières années de même que 2709 ponts et 71 803 salles de classe. On peut noter parmi les projets lancés sous l'égide du programme « Build, Build, Build » la première ligne de métro souterraine de Manille, la réhabilitation et l’extension du chemin de fer sur les îles de Luzon et Mindanao et la construction de plusieurs ponts à Manille.

Arrestation d'opposants

Le , sa principale opposante Leila de Lima qui a dirigé la commission des droits de l'Homme et fut ministre de la Justice sous le gouvernement de Benigno Aquino III, est arrêtée sous l'accusation d'entretenir des liens avec des narcotrafiquants. Avant de lancer une campagne visant à la salir, Duterte aurait déclaré qu'il « la détruirai[t] publiquement ». Amnesty International considère que cette arrestation est un moyen de faire taire les critiques contre la politique du président et déclare qu'il faut considérer Leila de Lima comme une prisonnière d'opinion [37]. L' Union interparlementaire fait savoir le qu'elle considère comme dénuée de fondement l'inculpation de Mme de Lima en raison de son implication antérieure contre le trafic de drogue au sein du système pénitentiaire national [38]. Elle reçoit également le soutien du Parlement européen qui appelle à sa libération [39].

Un autre critique se retrouve dans le « viseur » du président Duterte en 2018 en la personne d'Antonio Trillanes IV, sénateur et candidat à l'élection de vice président en 2016. Cet ancien lieutenant de la marine philippine fut impliqué dans deux mutineries, en 2003 et 2007, ainsi que dans une tentative de coup d'état à l'encontre de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo [40]. Il bénéficie en 2011 des faveurs du président Benigno Aquino III, se voit proposer une amnistie pour les faits qui lui sont reprochés et est catapulté sénateur. Son amnistie est suspendue par décision du président Duterte en septembre 2018 [41] permettant à la cour de justice de Makati de reprendre le procès interrompu en 2011 [42], [43].

Affaires extérieures

Rodrigo Duterte et Vladimir Poutine durant le sommet de l' APEC de 2016.

Alors qu'un traité de défense existe entre les Philippines et les États-Unis depuis 1951, renforcé en 2014, Rodrigo Duterte souhaite se détourner de l'allié traditionnel américain pour se rapprocher de la Chine. En , il ordonne ainsi aux forces spéciales américaines épaulant l'armée philippine dans la lutte contre les rebelles islamistes de quitter le sud de l'archipel et, dans un contexte de tension entre les Philippines et la République populaire en mer de Chine méridionale, joue l'apaisement en annonçant que ses navires ne patrouilleront plus aux côtés de la flotte américaine (qui jusque-là était érigée en protecteur des Philippines face à la Chine). À noter que déjà en 1992, les Américains avaient dû quitter leur base navale de la baie de Subic. Toutefois, le caractère du nouveau président ne le rendrait pas selon le quotidien chinois Global Times facile à utiliser [44].

Il demande aux États-Unis la restitution de cloches d'églises volées en 1901, quand l'armée américaine avait entièrement massacré la population de la ville de Balangiga au cours d'une action de représailles. Ces cloches représentent selon Duterte « le souvenir de l'héroïsme de nos ancêtres qui ont résisté aux colonisateurs américains et ont sacrifié leurs vies pour cela » [45] et seront retournées aux Philippines le 15 décembre 2018 [46]. Souvent critique envers les américains, il décide en 2020 de mettre un terme au VFA (Visiting Forces Agreement) entre son pays et les Etats-Unis, pacte qui établit le cadre légal pour la présence des troupes américaine sur le sol philippin [47]. Le pacte de défense mutuel n'est quant à lui pas affecté.

Rodrigo Duterte et Shinzo Abe en 2018.

En plus de la Chine, Rodrigo Duterte renforce les relations diplomatiques avec la Russie. Il se rend à Moscou une première fois en 2017 pour y rencontrer Vladimir Poutine mais doit retourner en urgence aux Philippines suite au déclenchement de la bataille de Marawi [48] (la Russie offrira à cette occasion une aide symbolique à l'armée philippine [49]). Il plaide pour plus d'échanges économiques et militaires entre les deux pays [50] et semble vouloir non pas abandonner les rapports privilégiées des Philippines avec les Etat-Unis aux seuls profits de la Chine, mais impliquer les trois super puissances mondiale dans l’essor du pays en contre balançant leurs influences [51].

Un autre prisme de la politique extérieure du gouvernement Duterte peut être celui de l'armement, les décisions prises ne suivant pas nécessairement les avis rendu par les forces armées et le département de la défense. Et dans ce domaine se sont les pays voisins des Philippines qui profitent de la réduction de la dépendance envers les Etats-Unis. La Corée du Sud s'était déjà attiré les faveurs de l'administration précédente avec l'achat d'avions de chasse et ce statuts privilégié se confirme avec l'achat de d'avantage de matériel militaire, notamment en matière de bâtiments de surface pour la marine [52]. Le Japon devient aussi un partenaire de premier choix [53] comme l'illustre l'achat de radars de surveillance en 2020, l'appel d'offre étant modifié pour correspondre aux caractéristiques japonaises [54]. L' Indonésie n'est pas en reste avec la signature de traités de coopération [55].

En , après les suicides de quatre domestiques philippines au Koweït et des affaires de viols, Duterte met en garde les autorités de l'émirat sur une suspension des départs de nouveaux domestiques vers le pays si celui-ci n'agit pas pour leur protection. Plus de 200 000 Philippins vivent au Koweït dont beaucoup ne peuvent repartir, sont peu payés et subissent des brimades [56]. C'est dans ce contexte particulier qu'il fait envoyer en janvier 2020 deux navires de la marine philippine à Oman en préparation d'une éventuelle évacuation durant la crise américano-iranniène.

Réformes sociales

Rodrigo Duterte s'engage en faveur de la transparence des pouvoirs publics aux Philippines en signant un décret permettant à chaque citoyen d’accéder aux archives gouvernementales. Sa décision est saluée par les acteurs de l’information [57]. En , sa proposition de rendre gratuitement accessible la pilule contraceptive aux femmes économiquement démunies est saluée par les associations de défense des droits des femmes [58].

Les universités publiques sont rendues gratuitement accessibles [59] et un système de couverture maladie est bâti afin de permettre aux plus pauvres de bénéficier des soins élémentaires et d'obtenir gratuitement certains médicaments [60]. Les contrats de travail de courte durée sont limités afin de réduire la précarité des travailleurs concernés et les retraites sont augmentées [61].

Son programme économique, le Tax Reform for Acceleration and Inclusion (TRAIN) vise a réduire les inégalités des citoyens face à l’impôt. La loi est votée en décembre 2017 par le sénat et la chambre des représentants [62] et a pour but d'augmenter les taxes sur les produits des classes supérieures (notamment les carburants, le tabac et les automobiles), de réduire la TVA pour les commerces les plus fragiles et de diminuer l’impôt sur le revenu; le tout afin de financer le programme d'investissement « Build, Build, Build » et soutenir l'éducation et la santé [63]. La deuxième partie du programme, le Corporate Income Tax and Incentive Rationalization Act (Citira) ou TRAIN-2, vise lui a améliorer l'attractivité économique du pays en réduisant les impôts sur les sociétés [64] et est soutenu par le FMI [65].

Politique environnementale

Sous la conduite de la ministre de l’Environnement Regina Lopez, les activités d'extractions à ciel ouvert sont interdites et plus de la moitié des mines sont fermées. Cette politique entre en confrontation avec le lobby minier et le Parlement, qui vote sa destitution malgré l'appui en sa faveur de Duterte, dix mois après sa nomination au gouvernement [66] [67].

Au sujet de son conflit avec l'industrie minière, Rodrigo Duterte déclare que « la protection de l’environnement est une priorité plus importante que l'exploitation minière et autres activités qui causent de grands dommages ». Il met également en garde sur de fortes augmentations d’impôts pour les entreprises qui exploiteraient des ressources dans des zones protégées [68].

Le tourisme se retrouve aussi sous les feux des projecteurs écologiques en 2018. Rodrigo Duterte décide en effet en avril de cette même année de fermer l'île de Boracay, poumon du tourisme de l'archipel, après une visite durant laquelle il déclara que « ça pue la merde ». Les bâtiments construits sans permis sont détruits, les hôtels et commerces non raccordés aux égouts sont fermés et de grands travaux de remise en état du réseau d'évacuation et de traitement des eaux usées sont lancés [69]. Un plan similaire est lancé l'année suivante dans la baie de Manille [70], l'une des plus polluées au monde.

Actions en justice

Le la Commission de justice du Congrès rejette la plainte déposée par le député d’opposition Gary Alejano mettant à cause sa politique d'exécution des narcotrafiquants. Les motivations du rejet sont que la plainte « manquait de substance » et était fondée sur des « ouï-dire » [71]. Mais les membres de la Commission de justice du Congrès sont majoritairement des membres de partis favorables à Duterte [72].

Une autre plainte a été déposée en par l'avocat Jude Sabio auprès de la Cour pénale internationale de La Haye pour crime contre l'humanité.

Terrorisme 

Rodrigo Duterte s’engage dès le début de son mandat contre le terrorisme et annonce son soutien aux opérations de l'armée dans le sud du pays, dans l' archipel de Sulu. Sa ville de cœur est frappée par le terrorisme en  : un attentat fait 14 morts et 67 blessés à Davao [73]. Puis, en , une tentative de prise d’otages contrée par l’armée fait huit morts sur l’île touristique de Bohol. Cette incursion inhabituelle au cœur des Visayas (la région centrale de l'archipel) semble connoter l'envie du groupe Abu Sayyaf de tester le pouvoir en place.

En , la tentative d'arrestation à Marawi du leader d’ Abou Sayyaf (groupe lié à l’État islamique), Isnilon Hapilon, aboutit à une rébellion dans cette ville. Des otages sont pris au cours de cette rébellion et la loi martiale est déclarée le dans toute l'ile de Mindanao [74]. A cette occasion le président Duterte propage une «  fake news » concernant la décapitation [75]d'un chef de police local [76]. Des décapitations sont cependant rapportées par l' armée philippine durant la reconquête de la ville [77]. Cette dernière est entièrement reprise par les forces armées le , au terme de combats ayant fait 165 morts parmi les militaires et les policiers et 920 dans les rangs des djihadistes, dont leurs chefs : Isnilon Hapilon et les frères Maute [78].

Les opérations militaires sont renforcées et suivent ensuite leur cours sur les îles de Basilan et Jolo [79].

Déclarations polémiques

Rodrigo Duterte en 2016.

Rodrigo Duterte crée la polémique dans les médias philippins comme étrangers par sa démagogie, son vocabulaire et ses allusions machistes [80]. Il est cependant difficile de saisir le fond de sa pensée lui qui est un bisaya s'exprimant devant des médias nationaux en majorité tagalog ou anglophones. Il faut aussi comprendre que bien que les bisayas parlent généralement couramment le tagalog (car elle est la langue nationale), la réciproque est plutôt rare, avec peu de tagalog apprenant le bisaya [81].

L'expression Putang ina mo (en tagalog) qui signifie « ta mère est une pute » et que l'on traduit souvent par « fils de pute » n'est aux Philippines, et en particulier dans les régions bisaya, qu'une exclamation d’agacement, et n'a pas la connotation injurieuse et personnelle qu'elle revêt dans les pays occidentaux [82]. Dans une certaine mesure, un parallèle peut être fait avec l'expression Putain ! telle qu'elle est utilisée dans le sud-ouest de la France et qui n'est, dans cette région, pas synonyme de prostituée [83].

Quelques déclarations ont ainsi été biaisés lors des traductions telles que celle au sujet de l’ambassadeur américain : Kausap namin si Kerry. Okay naman siya kasi nag-away kami ng ambassador niya, 'yung ambassador, 'yung bakla. Putangina buwisit ako diyan. Bakla, qui peut signifier homosexuel en tagalog, n'a pas de connotation négative [84] et putang ina est ici encore interprété comme fils de pute [85]. Cette expression fera encore couler beaucoup d'encre comme lorsqu'au sujet des embouteillages à Manille provoqué par la venue du pape François en visite officielle, il déclare Gusto kong tawagan, ‘Pope putang ina ka, umuwi ka na. ‘Wag ka nang magbisita dito [86], [80]. En 2016, les médias rapportent qu'il aurait également qualifié le président américain Barack Obama de « fils de pute » [87], à cette occasion encore c'est l'expression putang ina qui fut prononcée.

Il est accusé d'avoir participé à des escadrons de la mort à Davao dans lesquels plus de 1 000 personnes ont été tuées durant les années 1990 (selon l'association Human Rights Watch, jusqu'à 1 700 selon Le Canard enchaîné [30]). Face aux médias philippins, il ne nie pas avoir déjà commis des meurtres. En 2009, il déclarait même : Si vous exercez une activité illégale dans ma ville, si vous êtes un criminel ou un gangster qui s'en prend aux innocents, tant que je suis maire, vous êtes une cible légitime d'assassinat, puis lors de la campagne présidentielle de 2016 : Vous, les dealers, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir. Parce que je vais vous tuer. [80]. En , il affirme avoir personnellement tué des criminels présumés à l'époque où il était maire de Davao, afin de montrer l'exemple à la police. [88] Le , il prétend avoir jeté un homme d'un hélicoptère : Si vous êtes corrompus, j'irai vous chercher en hélicoptère à Manille et je vous jetterai dans le vide. Je l'ai déjà fait, pourquoi ne pas recommencer ? [89]

Il se dit prêt à se rendre en motomarine sur les îles disputées entre les Philippines et la Chine pour y planter un drapeau philippin [80]. Cependant, en il change complètement de politique et proclame aux Chinois « Je me suis réaligné sur votre mouvance idéologique, je vais me rendre aussi en Russie pour parler à Poutine et lui dire qu'on est trois contre le reste du monde » [30].

Il est également accusé de sexisme pour avoir affirmé qu'il avait trois maîtresses en plus de sa seconde épouse (il a été marié une première fois durant 27 ans), et pour avoir justifié le viol (suivi d'un meurtre) d'une missionnaire australienne en 1989 dans sa ville, en déclarant : J'ai vu son visage et je me suis dit Putain, quel dommage ! Ils l'ont violée, ils ont tous attendu leur tour. J'étais en colère qu'ils l'aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit le maire aurait pu passer en premier. [80], [90].

Il se revendique lui-même comme dictateur, n'hésitant pas à affirmer qu'il se passera du Congrès au cas où celui-ci l'empêcherait de mener à bien ses projets [80]. Après avoir fait un parallèle entre sa campagne anti-drogues et la politique d'extermination des Juifs par Adolf Hitler (Hitler a massacré trois millions de Juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer), il s'excuse, ses propos ayant suscité des critiques d'Israël, des États-Unis et du Congrès juif mondial [91]. Parmi ses autres influences, il assure notamment vouloir partir à la retraite avec la réputation d' Amin Dada (responsable de 300 000 morts en Ouganda) [30], et déclare souhaiter réhabiliter la mémoire du dictateur philippin Ferdinand Marcos [30].

Particulièrement hostile aux narco-trafiquants, il ordonne dès son élection qu'ils soient mis derrière les barreaux ou tués. Il demande également aux citoyens philippins de sortir dans les rues pour tuer les trafiquants [92]. Un mois après son élection, plus de 110 personnes liées au trafic de drogue ont été tuées et au moins 60 000 se sont rendues. 300 kg de méthamphétamine ont été saisis. Duterte déclare souhaiter que 100 000 personnes soient tuées dans ce nettoyage [93].

Quelques jours plus tard il s'en prend à l'Union européenne dont les responsables s'inquiètent de la façon dont il mène sa campagne contre la criminalité et leur demande d'aller se « faire foutre ». Il accuse également la France et le Royaume-Uni d'hypocrisie et affirme que les ancêtres des députés européens ont tué « des milliers d'Arabes » et autres peuples tout en accompagnant ses déclarations d'un doigt d'honneur [94].

Duterte soutient les droits des homosexuels, position singulière dans un pays encore fortement influencé par la religion [95] mais cependant en accord avec ses positions très dures à l'encontre de l'Église catholique dans son ensemble [96]. Il ne manque pas de traiter de « fils de pute » les évêques philippins et soutient le mariage homosexuel [97].

Notes et références

  1. (en) « Duterte says he believes in God but not in religion », sur www.philstar.com, (consulté le 15 octobre 2018)
  2. (en) « Rodrigo Duterte doubles down on attack on God, asks for proof », sur www.newshub.co.nz, (consulté le 15 octobre 2018)
  3. (en) Richard C. Paddock, « Becoming Duterte: The Making of a Philippine Strongman; He is a child of privilege turned populist politician, an antidrug crusader who has struggled with drug abuse. Obsessed with death, he has turned his violent vision into national policy. », sur The New York Times, (consulté le 22 mars 2017).
  4. « 22 things to know about 'Duterte Harry' », Rappler,‎ ( lire en ligne).
  5. « The Punisher: ‘I am 100 per cent terrorist’ », sur NewsComAu (consulté le 12 mai 2016).
  6. « Murder rate highest in Davao City – PNP », sur philstar.com (consulté le 12 mai 2016).
  7. « Philippines / Docteur Duterte ou Mister Harry ? », sur philipperevelli.com.
  8. Ex-cop says Duterte paid him, others to kill crime suspects, Jim Gomez, AP News, .
  9. « Criminals? Kill them all, says 'Asia's Trump' as he dominates polls », sur CNBC, .
  10. Harold Thibault (Manille, envoyé spécial), « Rodrigo Duterte remporte la présidentielle aux Philippines », Le Monde.fr,‎ ( ISSN  1950-6244, lire en ligne, consulté le 10 mai 2016).
  11. Par Dorian Malovic, « La popularité de Rodrigo Duterte s’envole aux Philippines », La Croix,‎ ( ISSN  0242-6056, lire en ligne).
  12. (en) Rachel Obordo, « 'He's vulgar – but honest': Filipinos on Duterte's first 100 days in office », sur TheGuardian.com, (consulté le 8 janvier 2019)
  13. Véronique Grousset, « Rodrigo Duderte, président, mais fier de se dire dictateur », Le Figaro Magazine, semaine du 28 octobre 2016, page 21.
  14. (en) Pia Ranada, « 12 elements of a Rodrigo Duterte campaign speech », sur Rappler (consulté le 23 mai 2020)
  15. (en) Pia Ranada, « Duterte-Miriam love fest blooms at presidential debate », sur Rappler (consulté le 25 mai 2020)
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Voir aussi

Articles connexes

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